Les 5 constats du prix du panier d’épicerie « de base » dans un contexte de pandémie

Dans le cadre de La Petite Conversation diffusée en direct sur le site le DUX mieux manger, mieux vivre le 7 juillet dernier, l’animatrice et ambassadrice du mouvement DUX, Lyne Gosselin, recevait Jackie Demers, Directrice générale du Dispensaire diététique de Montréal. Embauchée au Dispensaire dès l’obtention de son baccalauréat, elle y développe des ateliers théoriques et pratiques sur la saine alimentation et la cuisine santé à petit prix et termine l’étude du coût du panier à provisions nutritif dans divers quartiers de Montréal. Elle est donc toute désignée pour nous présenter les constats du prix du panier d’épicerie dans le contexte que nous vivons actuellement. | Par Jackie Demers, Dt.P., Directrice générale du Dispensaire diététique de Montréal 


Le Dispensaire diététique de Montréal fait une veille des prix des denrées de base 3 fois par année à Montréal pour établir le coût du Panier à provisions nutritif, une façon d’observer le coût de l’accès économique à une saine alimentation dans la lutte à l’insécurité alimentaire. En situation de pandémie, il a fait l’exercice de relever les prix en avril, mai et juin pour voir les tendances pendant cette période particulière.

1. Au global, un coût du panier assez stable

Le Panier à provisions nutritif s’établissait à 9,01 $ par personne par jour en avril et 9,10 $ en mai. En janvier 2020, c’était 9, 06 $. Au cours des trois dernières années, une légère hausse avait été observée entre janvier et mai, il ne semble donc pas y avoir un effet lié à la pandémie. (Le données de juin sont en cours de collecte)

Les catégories d’aliments ayant subies les plus importantes augmentations depuis avril: fromage et produits céréaliers. Une augmentation de 8,26% pour le fromage, et de 14,10% pour les produits céréaliers, avec notamment la farine. Le prix moyen pour la catégorie des fruits a quant à lui diminué de 14,32% depuis avril.

2. Des items indisponibles

En avril, plus denrées de base manquaient lors du relevé fait en épicerie : farine, huile, vinaigre, épices, légumineuses, poisson surgelé étaient absent ou limités dans plusieurs étalages. En mai, la disponibilité s’est améliorée, mais la farine, surtout de blé entier pouvait encore manquer. Ces denrées, vraiment de base, sont rarement manquantes lors des relevés habituels que nous faisons. On ne parle pas ici de pénurie, mais de disponibilité au moment d’effectuer le relevé de prix : les changements dans les habitudes de consommation, dans l’organisation du travail des commerçants et dans la chaîne d’approvisionnement étant les hypothèses plausibles pour expliquer ces manques en début de crise.

3. En personne ou en ligne

Le coût du Panier à provisions nutritif était similaire selon que le relevé était fait en magasin ou en ligne. Évidemment cela exclut toutefois les frais de préparation et de livraison. Rappelons qu’en début de crise, c’était également les délais pour accéder au service et obtenir sa commande en ligne qui était un important défi.

4. Variations de prix pour certains groupes d’aliments

Bien que le coût global du Panier à provisions nutritif soit assez stable, nous avons observé certaines variations de prix pour certains groupes d’aliments. Par exemple, en avril, le beurre d’arachides a connu une réduction d’environ 20%, le foie, une augmentation de 100,00% et les matières grasses (mayonnaise et huiles végétales) ont baissé de près de 15%. Toujours en avril, on a mesuré une augmentation du prix de 13,70% pour le groupe des fruits et une diminution du prix de 9,20% pour la catégorie des légumes. En mai, c’était les produits céréaliers dont la farine qui avait augmenté de 14% et le fromage qui avait diminué de 8%, alors que les fruits ont connu une baisse de 14%, éliminant la hausse observée en avril.

5. Droit et accès à l’alimentation

Bien que les données des relevés de prix tenus durant la pandémie soient encourageantes puisqu’elles ne nous alarment pas sur des hausses significatives pour le coût d’une alimentation de base variée et adéquate, la crise a mis en lumière et amplifié un problème déjà bien présent : celui du droit et de l’accès (en tous sens) à l’alimentation. En effet, la baisse des revenus d’une grande partie de la population à la mise en pause du Québec, combinée à plusieurs facteurs comme la capacité de se déplacer ou de recourir à des services en ligne, de payer pour de la livraison, de faire des stocks, de transformer des ingrédients de base, ont mis une partie plus grande de la population en situation d’insécurité alimentaire, dans une période où les ressources d’aide étaient limitées, elles aussi occupées à s’adapter à la crise.  À 1020$ par mois pour un panier pour 4 personnes, cela représente 25% du revenu de la famille si les deux adultes bénéficient de la PCU, afin de combler leurs besoins et favoriser leur santé, on espère donc que celle-ci paie moins de 25% de son revenu pour se loger afin d’assumer toutes les autres dépenses pour subvenir à ses besoins de base. La réflexion sur comment le Québec peut favoriser le droit et l’accès à l’alimentation, n’en devient que plus pertinente et plus urgente.

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